En 2015, j’ai vécu une grossesse extra utérine (GEU). Cet événement a chamboulé ma vie et aujourd’hui dans cet article j’aimerais te partager mon expérience.
J’étais une acharnée du travail. Je travaillais dans le café en tant que responsable qualité, et j’avais l’impression que ce que je faisais dans mon travail n’était jamais assez bien, que je n’étais pas à ma place.
La même année, j’avais vécu une rupture après une relation très toxique pour moi qui a duré 6 mois.
Suite à cette rupture, je me suis mise en couple avec un homme et je suis tombée enceinte.
C’était à la période de Noël. Je vivais à Bordeaux, loin de ma famille, et j’ai commencé à avoir des saignements qui arrivaient au même moment que la date prévue de mes règles. Au début je n’avais pas trouvé cela anormal.
Ce qui m’a alerté, c’était les saignements différents et plus abondants. Je suis allée chez le médecin, et il m’a conseillé de faire un test de grossesse, et d’aller aux urgences le jour-même.
Étant donné que les médecins voulaient vérifier le taux de BÉTA-HCG, j’ai dû faire des allers-retours tous les deux jours, en continuant à saigner abondamment.
Mon conjoint ne vivait pas à Bordeaux, et il m’a rejoint pour être à mes côtés.
Les allers-retours, seule, à l’hôpital étaient difficiles, je gardais la tête haute, je disais à mon conjoint de ne surtout pas se préoccuper, de rester à la maison, car je ne voulais pas le déranger en pleine période d’examens.
Je passais des heures dans la salle d’attente, et je m’inquiétais de ce qu’on allait me dire. Je voyais des internes pendant des jours, à chaque fois, tous différents.
Je me souviendrai toujours d’un jeune interne qui m’a dit “mais madame vous avez 28 ans, vous avez pas envie de le garder ce petit?”. J’ai trouvé ça irrespectueux et insensé, même si le diagnostic de la GEU n’était pas encore posé.
Au bout de quelques jours, on m’a diagnostiqué une grossesse extra-utérine. L’embryon s’était implanté dans ma trompe droite.
Après avoir reçu le traitement par injonction du méthotrexate, au bout de nombreux aller-retours, je suis rentrée chez moi avec mon conjoint qui était venu le dernier jour.
Les heures qui ont suivi ont été terribles, je n’avais jamais vécu de telles souffrances physiques et pelviennes.
Je voyais le regard de mon compagnon, apeuré, et impuissant face à la situation.
Le lendemain les douleurs aiguës avaient cessé, mais j’avais des douleurs au bas du ventre droit, et du mal à marcher ou à m’asseoir, me relever.
Mon corps était en état de choc. Mon compagnon de l’époque devait repartir passer ses examens, et j’ai passé les journées qui ont suivi seule dans mon appartement.
Physiquement et psychologiquement, j’étais fatiguée, je culpabilisais de ne pas pouvoir aller travailler, et j’ai bien entendu gardé tout ça pour moi.
Je n’en ai pas parlé à ma mère, ni à mes collègues, et je pense après coup, que j’avais honte de vivre une telle situation, même si il n’y avait aucune raison d’en avoir honte.
Quand je suis retournée au travail, j’ai ressenti encore plus de culpabilité à l’idée d’avoir perdu du temps sur mes tâches, et je m’en voulais.
J’en ai parlé à une collègue des semaines plus tard. Elle m’a pris la main et m’a dit “Je suis si triste que tu aies vécu ça seule, j’aurais pu être là pour toi.”
Je crois qu’en tant que femme afrodescendante, l’idée de demander de l’aide quand on va très mal, est quelque chose de très compliqué.
Quatre mois plus tard, j’ai démissionné de mon CDI.
Je ne pouvais plus porter ma charge de travail, me sentir comme étant dans une roue de hamster, et inconsciemment, aussi me réparer après cet GEU.
Je suis rentrée à la Réunion, et j’étais en dépression et au chômage, je me couchais à 5h du matin, me levais à midi.
Mon partenaire de l’époque m’avait quitté. L’ex toxique que j’avais connu avant lui, venait aussi de mourir d’un accident de moto.
Je touchais le fond. Je vivais chez ma mère. Je fumais, et j’avais dans tout ça la chance d’avoir un groupe d’amis à qui je ne disais rien, mais qui était là pour moi.
Après un travail qui a duré 10 mois, j’étais à nouveau sans emploi, et j’ai commencé à me former en reiki pour me soulager, à recevoir des séances énergétiques, et pendant près de un an, j’ai enchainé les thérapies parce que j’avais toujours mal au bas du ventre.
La gynéco (horrible) que j’avais consulté, m’a dit qu’elle ne voyait rien, et que tout allait bien.
Tout n’allait pas bien.
Je ne le savais pas mais j’avais besoin d’un suivi psychologique, de thérapie psycho-corporelles, et de repos.
J’ai commencé à enchaîner les thérapies : ostéopathie pour débloquer les tensions pelviennes, shiatsu, psychothérapie, kinésithérapie, yoga, acupuncture, soins chamaniques, soins énergétiques. Cela a duré des années.
J’ai commencé à me former pour moi-même, et j’ai commencé à accompagner d’autres femmes qui souffraient de problématiques sur le ventre et l’utérus.
Aujourd’hui, dire que je n’ai plus aucune séquelle, serait mentir.
Je pense que les plus grosses séquelles sont psychologiques, car il existe peu d’accompagnement spécialisé pour les femmes qui ont vécu une GEU.
Je n’ai plus la douleur que je ressentais quand je marchais. Je retisse année après année un lien solide et différent avec mon corps.
J’ai développé beaucoup de résilience, et j’ai aussi la merveilleuse opportunité avec mon travail aujourd’hui de rencontrer des femmes merveilleuses.
Dans tout ce que j’ai vécu, voici ce qui m’a aidé:
- Me pardonner de ne pas avoir écouté mes besoins, car je portais inconsciemment beaucoup de culpabilité.
- Accepter que cet évènement a redirigé ma vie dans le bon sens.
- Accepter que je sois une maman, même si cela a duré peu de temps.
- Reconnaître que j’ai eu très peur quand j’étais à l’hôpital, reconnaître que j’avais besoin de mes proches.
- M’apporter de l’amour là où mon corps en a manqué : massages du ventre réguliers, soins, psychothérapie. C’est une forme d’amour.
- Arrêter de mettre les besoins de mes partenaires avant les miens, même dans les situations critiques.
- En parler, et ne pas garder ça pour moi.
- Recouper avec mon histoire transgénérationnelle
Cet évènement a été le plus difficile, mais je suis convaincue que chaque épreuve difficile amène un cadeau.
Le mien a été de découvrir la force qui sommeillait en moi, et ma capacité à me faire confiance dans ma propre guérison.
Si tu as vécu une GEU, et que tu ressens encore ce poids,
Si tu veux en parler, tu peux me retrouver ici :
A bientôt,
Doris Volnay